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Le schéma de communication de Jakobson expliqué simplement

Marine Leclercq


Dans beaucoup de projets de communication, le problème ne vient pas du logo ou des couleurs mais d’un malentendu beaucoup plus basique : deux personnes qui n’entendent pas la même chose alors qu’elles utilisent les mêmes mots. C’est là que le schéma de communication de Jakobson devient utile. Ce modèle décrit tout ce qui se joue entre un émetteur, un récepteur, un message, un canal, un contexte et un code. Autrement dit, tout ce qui peut faire dérailler ou au contraire fluidifier un échange, qu’il soit oral, écrit ou visuel. Pour quelqu’un qui conçoit des affiches, des sites ou des posts réseaux sociaux, ce schéma n’est pas juste une théorie de fac, c’est une grille de lecture très concrète.

Dans cet article, le modèle de Roman Jakobson va servir d’outil pratique pour analyser des situations de communication du quotidien : un email client qui tombe à plat, une campagne de pub qui n’accroche pas, une identité visuelle qu’on ne comprend pas. Les six fonctions du langage (dont la fameuse fonction phatique ou la fonction expressive) seront reliées à des cas concrets, avec un fil conducteur simple : une petite marque fictive, « Atelier Nérée », qui fabrique des objets déco en céramique et essaye de mieux parler à son public. Le but n’est pas de réciter un cours de linguistique, mais de montrer comment ce schéma peut guider des choix très opérationnels, du wording d’un bouton à la tonalité d’un slogan. En résumé, on va décortiquer comment un message passe, ou casse.

  • Le schéma de communication de Jakobson décrit les relations entre émetteur, récepteur, message, canal, contexte et code.
  • Chaque élément peut poser problème et explique pourquoi une campagne ou un mail n’obtient pas la réponse attendue.
  • Les six fonctions (expressive, conative, référentielle, phatique, métalinguistique, poétique) se combinent dans tout message réel.
  • Appliquer ce modèle aide à écrire des messages plus clairs, plus cohérents et mieux ciblés, même pour un simple post Instagram.
  • Le schéma vaut autant pour le langage verbal que pour la communication visuelle et l’identité de marque.

Schéma de communication de Jakobson : les 6 éléments passés au crible

Avant de parler fonctions du langage, il faut poser le décor. Le schéma de communication de Jakobson repose sur six éléments qui interagissent : un émetteur qui produit le message, un récepteur qui le reçoit, un contexte auquel ce message renvoie, un canal par lequel il circule et un code partagé. Ça paraît scolaire sur le papier, mais c’est une mine d’or dès qu’on commence à chercher où ça bloque dans une situation réelle.

Imaginez Atelier Nérée, une petite marque qui vend des vases colorés faits main. Elle envoie une newsletter pour annoncer une nouvelle collection en bleu profond, inspirée du bleu Majorelle. L’émetteur, c’est la marque. Le récepteur, ce sont les abonnés. Le message, c’est l’annonce de la collection avec quelques visuels. Le canal, c’est l’email. Le contexte, c’est la rentrée, période chargée où beaucoup de marques communiquent en même temps. Le code, c’est la langue française, mais aussi tout le vocabulaire de la déco et les codes visuels utilisés dans la newsletter.

Là où Jakobson est précieux, c’est qu’il rappelle que chaque élément peut être source de bruit. Un canal saturé (boîtes mail pleines, filtre promo), un code pas compris (jargon design), un contexte mal évalué (annoncer une collection chère en pleine tension sur le pouvoir d’achat), tout ça peut faire chuter l’efficacité, même si le visuel est impeccable. Beaucoup de directions artistiques s’étonnent de résultats moyens alors que le problème vient d’un mauvais choix de canal ou de cible, pas du graphisme lui-même.

Autre point rarement expliqué aux clients : l’émetteur n’est pas toujours perçu comme il le pense. Une petite PME qui se voit comme « artisanale et proche » peut être ressentie comme « amateur » si le message manque de structure ou si son identité graphique n’est pas maîtrisée. À l’inverse, une startup très techno peut avoir un ton si froid qu’on peine à identifier qui parle vraiment. Travailler le positionnement de l’émetteur, c’est déjà travailler la communication, avant même de toucher aux mots.

Du côté du récepteur, ce schéma pousse à se poser des questions gênantes mais utiles : qui lit vraiment ce que vous envoyez, à quel moment de sa journée, sur quel support, avec quelle fatigue visuelle, avec quelles références culturelles ? Un long texte justifié en petites lettres grises passera sur un ordinateur d’agence, mais sera abandonné au bout de deux lignes sur un smartphone dans le métro. Le même message, dans un autre canal, n’a plus du tout le même effet.

Arrêtons-nous deux secondes sur le code. On pense tout de suite à la langue, mais pour une marque, le code, c’est aussi la charte graphique, les couleurs, la typographie, les icônes, les emojis ou leur absence. Quand Atelier Nérée choisit une palette très douce, travaillée avec un vrai cercle chromatique, elle code une promesse de douceur, de calme, de soin. Si elle bascule du jour au lendemain sur du rouge agressif pour un post « promotion exceptionnelle », le code se fissure et la confiance suit.

En résumé, ce premier volet du schéma de Jakobson sert de check-list : qui parle, à qui, de quoi, dans quel contexte, via quel canal, avec quels codes. C’est la base à poser avant de peaufiner le style.

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Exemple concret de déraillement entre émetteur, récepteur et contexte

Pour rendre la chose encore plus tangible, prenons un échec. Atelier Nérée publie sur Instagram une photo d’un vase posé sur une table très chargée, avec cette légende : « On a tout donné pour cette pièce ». L’émetteur se réjouit de la difficulté technique et de la fierté du travail accompli. Le récepteur, lui, lit ça un lundi matin, sur un petit écran, en scrollant vite. Il voit surtout un objet cher, dans un environnement déjà très rempli, et un texte un peu flou.

Ici, le contexte joue contre la marque : l’utilisateur consulte son feed entre deux mails, l’attention est minimale. Le canal impose un format court, mais la légende ne dit ni le prix, ni la taille, ni où trouver la pièce. Le message reste centré sur le ressenti de l’émetteur et néglige les questions concrètes du récepteur. Résultat : beaucoup de likes polis, très peu de clics.

Le même contenu, reposté avec un cadrage plus simple, une mise en avant claire du produit et la mention « Série limitée de 15 pièces, dispo sur le site jusqu’à dimanche », alignerait bien mieux l’émetteur, le récepteur, le code et le contexte. Rien de magique, juste l’application terre à terre du schéma de Jakobson.

Les 6 fonctions du langage selon Jakobson, expliquées simplement

Une fois les éléments posés, Jakobson ajoute une couche supplémentaire : chaque message active une ou plusieurs fonctions du langage. Elles correspondent chacune à un des pôles du schéma. Là où beaucoup de résumés réduisent ces fonctions à des définitions figées, l’intérêt, pour une personne qui fait de la communication, c’est de voir comment elles se chevauchent et comment les doser.

Première fonction, souvent sous-estimée dans les briefs clients : la fonction expressive. Elle est centrée sur l’émetteur. C’est tout ce qui, dans un message, exprime des émotions, une attitude, une personnalité. Quand Atelier Nérée écrit « Honnêtement, cette série nous a donné des sueurs froides au four », on est en plein dedans. On sent de la sincérité, une forme d’humour discret, un peu d’auto-dérision. Dans un mail de prospection, garder cette fonction expressive, même légère, peut faire la différence entre un texte froid et un texte qui sonne humain.

Deuxième grande fonction, la fonction conative, tournée vers le récepteur. Elle apparaît dans les injonctions, les vocatifs, les call-to-actions. « Découvrez la collection », « Réservez votre pièce », « Dites-nous ce que vous en pensez ». Un site e-commerce qui oublierait cette fonction se limiterait à décrire des produits sans jamais inviter clairement à agir. Mon avis est simple : beaucoup de pages d’accueil vitrines échouent précisément parce qu’elles n’osent pas être conatives.

Vient ensuite la fonction référentielle, centrée sur le contexte ou le « monde extérieur ». C’est la part informative : caractéristiques techniques, dimensions, prix, coordonnées, données factuelles. Quand Atelier Nérée précise « Vase en grès émaillé, 28 cm de haut, compatible lave-vaisselle », c’est de la fonction référentielle pure. Sur un site, elle rassure et évite une avalanche de questions en DM.

La fonction phatique, elle, s’intéresse au canal. Elle sert à établir, maintenir ou couper le contact. Dire « Allô ? » au téléphone, écrire « Vous êtes encore là ? » en début d’email long, poster une story « On teste un nouveau format, dites-nous si ça vous plaît » relève de cette fonction. Sur les réseaux, la fonction phatique est omniprésente : sondages, stickers questions, réactions rapides, tout ça sert à dire « je suis là, tu me vois, on se parle encore ».

Autre fonction clé pour les communicants, la fonction métalinguistique, centrée sur le code. C’est quand le message parle du langage lui-même. Par exemple : « Quand on dit “pièce unique”, ça veut dire qu’il n’y en aura qu’une par couleur », ou encore « Dans cet article, on va appeler “client” toute personne qui a déjà acheté chez nous au moins une fois ». Cette fonction clarifie les termes et limite les interprétations erronées, surtout quand on traite de notions techniques.

Enfin, la fonction poétique, qui passionne les créatifs. Elle porte sur la forme du message et sur tout ce qui rend ce message mémorable par son rythme, ses sonorités, ses images. Un slogan qui sonne bien, un jeu de mots, une rime, un parallélisme, un choix de typographie qui fait corps avec le contenu : tout cela relève de la fonction poétique. Contrairement à une idée reçue, elle ne concerne pas que la poésie littéraire, mais aussi les punchlines de marques, les jingles, les titres d’articles.

Si vous ne deviez retenir qu’une chose ici : un message efficace n’active jamais une seule fonction. Une bannière web qui ne serait que conative (« Achetez maintenant ») sans expressive ni poétique finit en spam visuel. Un manifeste de marque purement expressif, sans référentiel ni conatif, donne une belle tirade mais très peu d’actions concrètes. Le jeu consiste à ajuster le curseur en fonction du support et de l’objectif.

Tableau récapitulatif des fonctions du langage de Jakobson

Pour avoir une vision synthétique de ces fonctions du schéma de Jakobson, voici un tableau utile à garder sous la main lors d’un brief ou d’une relecture.

Fonction Élément associé But principal Exemple appliqué à Atelier Nérée
Expressive Émetteur Exprimer émotions, attitude, personnalité « On est un peu fiers de cette fournée, on ne va pas mentir. »
Conative Récepteur Influencer, inciter, interpeller « Choisissez votre couleur préférée avant dimanche. »
Référentielle Contexte Donner des informations sur la réalité « Série limitée à 30 exemplaires, fabriqués à Rennes. »
Phatique Canal Ouvrir ou maintenir le contact « Vous recevez bien nos emails ? Répondez juste “oui”. »
Métalinguistique Code Clarifier le langage utilisé « Quand on parle de “grès chamotté”, on désigne un grès avec grains apparents. »
Poétique Message Travailler la forme pour marquer les esprits Slogan : « La terre qui prend la lumière. »

En résumé, ce tableau aide à repérer quel type de phrase domine dans un texte, et ce qu’il manque pour équilibrer l’ensemble.

Appliquer le schéma de Jakobson aux messages visuels et au graphisme

Le schéma de communication de Jakobson n’a pas été pensé pour le design graphique, mais refuser de l’y appliquer serait une occasion manquée. Un visuel communique lui aussi : il a un émetteur (la marque, l’institution), un récepteur (la cible), un contexte (affichage urbain, feed TikTok, brochure papier), un canal (écran, papier, panneau), un message (verbal et non verbal) et un code (charte, couleurs, style photo, typographie).

Prenons une campagne d’affichage pour Atelier Nérée dans le métro. L’émetteur est clairement identifié par le logo en bas. Le récepteur, ce sont des passants pressés, souvent distraits. Le canal, c’est un grand format imprimé en CMJN, vu à distance. Le contexte, un environnement saturé d’images et de publicités, avec un temps de lecture moyen très court. Le code, c’est une esthétique épurée, beaucoup de blanc, une seule pièce centrale, et une palette cohérente avec l’univers de la marque, construite avec des harmonies issues de ressources comme la couleur complémentaire ou la psychologie des couleurs.

Dans ce cadre, la fonction poétique devient centrale. Une affiche gagne à miser sur une phrase courte, sonore, soutenue par une mise en page qui crée une vraie hiérarchie visuelle. Le contraste, la taille des caractères, le placement du logo sont autant de choix qui renforcent ou affaiblissent le message. La fonction référentielle, elle, doit se limiter à l’essentiel : site web, éventuellement une indication de prix ou de durée de l’offre, pas plus.

Sur les réseaux sociaux, le réglage est différent. Une story peut activer davantage la fonction phatique (« Vous êtes encore avec nous ? », « On vous montre l’atelier aujourd’hui ») pour garder le lien chaud, tout en injectant un peu d’expressif et de conatif. Un carrousel Instagram, lui, peut articuler plusieurs fonctions sur différentes slides : d’abord expressive (ambiance, coulisses), puis référentielle (détails produits), puis conative (lien vers la boutique).

On le voit vite chez les marques débutantes : certaines travaillent énormément la forme visuelle sans se demander ce que raconte le message, d’autres surchargent de texte référentiel au point d’étouffer toute respiration graphique. Utiliser Jakobson comme grille de lecture, c’est se forcer à poser la question « quelle fonction du langage est prioritaire sur ce support précis ? » avant d’ouvrir Figma ou Canva.

Autre usage concret du schéma pour un graphiste : expliquer à un client pourquoi tout ne peut pas tenir dans un même visuel. Quand un dirigeant veut à la fois un slogan poétique, une liste exhaustive de services, un énorme numéro de téléphone, un logo surdimensionné et trois photos, on touche à la dispersion totale des fonctions. L’affiche devient illisible, la fonction conative se perd, la poétique disparaît, la référentielle déborde. S’appuyer sur Jakobson permet de défendre des choix de simplification sans tomber dans le « parce que c’est plus joli ».

Pour terminer cette section, un conseil pratique : lors de la conception d’un support, noter noir sur blanc, pour chaque élément (titre, visuel, bloc de texte, bouton), quelle fonction il sert en priorité. On découvre souvent que certains blocs ne servent aucune fonction identifiable. Dans ce cas, soit on les supprime, soit on les réécrit.

La fonction phatique dans le digital : maintenir le contact sans lasser

La fonction phatique est parfois présentée comme une simple formule de politesse. En réalité, dans l’écosystème numérique actuel, c’est le nerf de la guerre. Toute la logique des notifications, des stories à durée limitée, des newsletters régulières repose sur cette idée simple : vérifier que le canal est toujours ouvert, que le récepteur est encore joignable et qu’il n’a pas complètement décroché.

Pour Atelier Nérée, cette fonction se concrétise par exemple par un email mensuel assez léger, même en dehors des grosses sorties de collection. Ce mail ne cherche pas forcément à vendre directement. Il sert à dire « on est toujours là, on crée, on pense à vous ». Une photo de l’atelier, deux phrases sur une nouvelle glaçure en test, un lien vers un billet de blog parlant de choix de couleurs tendance pour la déco, et c’est tout. Pas besoin de forcer la conative à chaque envoi.

Le piège classique, c’est de surexploiter cette fonction phatique jusqu’à la saturation. Notifications quotidiennes, pop-ups insistants, relances agressives : à force de vérifier le canal, on finit par le griller. Mon conseil, pour l’avoir vu chez plusieurs clients, c’est de planifier des rendez-vous phatiques clairs et assumés, plutôt que des apparitions erratiques dictées par l’angoisse de disparaître de l’algorithme.

Sur les réseaux, cette fonction se joue aussi dans des détails : répondre régulièrement aux commentaires, même par un simple « merci pour ton retour », signaler quand on fait une pause (« on revient en septembre avec de nouvelles pièces »), prévenir en cas de changement de rythme. Tout ça nourrit une relation de confiance qui rend ensuite les messages plus conatifs beaucoup mieux acceptés.

Autre aspect souvent oublié : la fonction phatique concerne aussi la technique. Vérifier que les liens fonctionnent, que la mise en page passe sur mobile, que l’email n’atterrit pas systématiquement en spam, tout cela relève de cette obsession du canal efficace. Rien de plus frustrant qu’une campagne bien pensée dont le message ne parvient jamais au récepteur pour des raisons purement techniques.

En bref, traiter la fonction phatique comme un simple « Bonjour/au revoir » serait réducteur. Dans une stratégie de communication, c’est la colle qui tient le reste. Sans elle, même le meilleur message s’écrase dans le vide.

De la théorie à la pratique : comment s’en servir pour améliorer ses contenus

Tout ce qui précède reste théorique si on ne le transforme pas en méthode. Une façon simple d’utiliser le schéma de Jakobson dans son travail quotidien est de l’intégrer à la relecture des contenus avant diffusion. Pour chaque publication, campagne ou même document interne, on peut passer une grille rapide en se posant quelques questions ciblées.

Première étape, clarifier l’émetteur et sa voix. Est-ce que le ton du texte correspond bien à l’image que la marque veut donner ? Est-ce que la fonction expressive est alignée avec l’identité visuelle, ou est-ce qu’on a un décalage du type texte très familier avec design ultra-corporate ? Pour Atelier Nérée, conserver un ton simple, chaleureux, sans jargon technique excessif, s’accorde mieux avec un univers artisanal que des tournures trop institutionnelles.

Ensuite, vérifier le récepteur. Est-ce que le message suppose des connaissances que le public n’a pas forcément ? Si on parle de « kerning » ou de « leading » à un client non designer, il faut prévoir une fonction métalinguistique pour expliquer au premier passage ce que ces termes désignent. Même chose pour certains concepts artistiques ou pour des références culturelles trop pointues.

Troisième point, ausculter le message lui-même. Est-il surchargé d’informations référentielles au point d’en devenir indigeste ? Ou au contraire trop poétique et vague pour permettre une décision ? Ici, on peut s’aider d’une petite check-list :

  • Y a-t-il au moins une phrase claire qui invite à une action précise (fonction conative) ?
  • Le texte contient-il un élément qui exprime un point de vue ou une émotion (fonction expressive) ?
  • Les informations factuelles essentielles sont-elles présentes et lisibles (fonction référentielle) ?

Enfin, ne pas oublier le contexte, le canal et le code. Un même contenu ne se copie-colle pas d’un support à l’autre sans adaptation. Un paragraphe qui fonctionne dans un article de blog doit être resserré en quelques mots clés sur une affiche, ou condensé en deux phrases dans une newsletter. Les couleurs vives jolies sur écran peuvent devenir trop agressives en impression grand format, surtout si la couleur complémentaire n’est pas gérée finement.

Une petite astuce pratique pour finir : se forcer à écrire en haut du document le nom de la fonction principale visée (par exemple « conative » pour une landing page, « phatique + expressive » pour une story de coulisses, « référentielle + métalinguistique » pour une fiche produit technique). Cela évite les glissements en cours de route et aide à trancher quand un client veut tout mettre partout. La cohérence du message y gagne, et le lecteur aussi.

À quoi sert concrètement le schéma de communication de Jakobson pour une petite entreprise ?

Ce schéma aide à repérer où un message décroche : émetteur flou, récepteur mal défini, canal inadapté, code incompris ou contexte mal évalué. En l’utilisant comme grille de relecture, une petite entreprise peut clarifier sa cible, choisir de meilleurs supports, ajuster son ton et éviter les malentendus qui font perdre du temps et des ventes.

Quelle est la différence entre fonction expressive et fonction poétique ?

La fonction expressive se concentre sur ce que l’émetteur ressent ou pense, elle transmet une attitude ou une émotion. La fonction poétique, elle, s’intéresse à la forme du message : choix des mots, rythme, jeux sonores, mais aussi mise en page visuelle. On peut avoir un texte très expressif mais mal écrit, ou au contraire un texte formellement brillant mais émotionnellement froid.

Pourquoi la fonction phatique est-elle si présente sur les réseaux sociaux ?

Parce que ces plateformes reposent sur l’idée de présence continue : on vérifie sans cesse que le canal est ouvert et que le public est encore là. Stories fréquentes, sondages, réactions rapides, lives, tout cela sert à maintenir le contact plus qu’à transmettre une information importante. Cette fonction phatique permet de rester dans le radar des abonnés entre deux messages réellement conatifs ou référentiels.

Le schéma de Jakobson concerne-t-il aussi la communication non verbale ?

Oui. Même sans mots, un message visuel comporte un émetteur, un récepteur, un contexte, un canal, un code (couleurs, formes, styles), et active des fonctions : expressive par l’ambiance, poétique par la composition, référentielle par les objets représentés. Le modèle reste valable, à condition d’élargir la notion de code au-delà de la langue.

Comment expliquer ce schéma simplement à un client non spécialiste ?

On peut le résumer en une phrase : une bonne communication, c’est toujours quelqu’un qui parle, à quelqu’un, à propos de quelque chose, dans une situation donnée, avec des signes que l’autre comprend. Ensuite, on ajoute l’idée de fonctions : parfois on informe, parfois on vend, parfois on maintient juste le contact. À partir de là, le client comprend vite pourquoi tout mélanger dans un même message le rend illisible.

fred desurmont
Fred Desurmont
Graphiste freelance depuis 2019, Marine Leclercq partage sur Vert Mer Media ses conseils en design graphique, identité visuelle et communication. Formée à l'école Estienne et passée par sept ans en studio, elle décrypte les tendances et les bonnes pratiques du métier avec un regard terrain.